L'industrie musicale 2.0

L’industrie musicale 2.0

J’étais penché sur ma feuille, en fait sur mon Samsung Ativ S, mais ça fait plus classe de m’imaginer en queue de pie avec la plume à la main (j’ai dit à la main, la plume…)

 

Bref, j’étais penché et j’écrivais, enfin je tentais… Je tentais car aucun sujet me venait à l’idée. Tragique. Horrible. La feuille blanche, enfin l’écran blanc.

Rien d’intéressant dans le monde de la musique ?

Si, trop sans doute. Emmerdé que j’étais.
Le problème aujourd’hui, c’est le déclin de l’industrie musicale. Oui, ça fait un peu démago, mais j’assume. Qu’a fait Internet à la musique ? Hé bien, en voulant la glorifier, elle l’a étouffée sous un oreiller de liens Facebook, Twitter, Soundcloud ou Youtube… Oui, auditeur, à force de nous gaver sur les réseaux sociaux de ta dernière trouvaille, on ne s’y intéresse même plus. Oui, musicien, à force de nous goinfrer de tes dernières compos, on ne les écoute même plus.

« Quoi, des millions de gens volent de la musique sur une mule ? » « Non, sur Emule monsieur » « Rho la pauvre bête. Qu’on appelle les écolos et qu’on ferme ces entreprises. »

L’industrie du disque ? Je vous en parle rapidement…

Jusqu’à l’apogée du téléchargement, les maisons de disque, même indépendante, signaient des artistes. Les musiciens, compositeurs, auteurs, arrangeurs et autres artistes appartenaient aux boîtes de production, et touchaient un salaire plus des royalties. L’eldorado pour un jeune chanteur d’aujourd’hui. Et pourtant pas si lointain. Puis, le vent a tourné. Téléchargement illégal oblige, on a remercié tout le monde. Merci pour toutes ses années d’orgies musicales, de studios loués à pas de prix pendant des mois pour faire un album, merci de nous avoir rapporté beaucoup d’argent, mais là, les vannes sont coupées. La sortie est par là, merci de laisser tous vos instruments et les outils du studio, on les revendra sur Le Bon Coin. C’était l’âge de fer… Dur, dur. Heureusement, les maisons de disque n’ont pas fermé. Elles ont gardé les commerciaux et les directeurs artistiques. Ils allaient pas virer Zeitoun, merde.
Puis, est venu le temps du téléchargement légal. L’État s’insurge face aux Jack Sparrow des temps modernes… « Quoi, des millions de gens volent de la musique sur une mule ? » « Non, sur Emule monsieur » « Rho la pauvre bête. Qu’on appelle les écolos et qu’on ferme ces entreprises. »

Et voilà, on ferme les sites de pair à pair. Plus rien. Plus de musique. Mais l’humain, courageux par nature, ne veut pas retourner à la FNAC. Trop loin de l’ordinateur. Du coup, on créée des sites de streaming. Deezer, Spotify, XBox Music, j’en passe, et des moins bons.

Du coup, l’artiste se dit dans sa grande naïveté : « Chouette, je vais de nouveau avoir du boulot. » Bah non…
Non, car la maison de disque est maligne. Elle peut générer des bénéfices sans s’encombrer d’artistes instables. De descente de stups dans les studios ou de cure de désintoxication à payer.
Alors, elles ne signent plus, et préfère distribuer les albums et prendre de l’argent. Si l’artiste arrive même directement avec un produit fini, c’est encore mieux. On lui donne un sourire, une banane et de la vaseline. Comme ça, il met la banane dans l’orifice qui lui plaît le mieux (en sachant qu’il faut l’éplucher si on la fourre dans un de ces orifices).

Et voilà comment on fait d’une génération d’artistes des frustrés.

Ou pire : des idéalistes. Le musicien 2.0 est donc désormais, en plus de son statut précaire de créateur, commercial, arrangeur, réalisateur, distributeur et informaticien. Ce qui fait que des pépites, il y en a. Beaucoup même. Mais voyez-vous, dans la masse de charlatans Cubasiens qui composent, chantent, rappent, hurlent, vocifèrent, et nous sortent des morceaux absolument ignobles, on est comme tout le monde, on n’y prête même plus attention.

Alors, toi, qui a du talent, continue dans ton coin. Fais des concerts. Va vers ton public. Mais contacte-nous, directement… Ça sera plus simple pour tout le monde.
Heureusement que The Voice, La Nouvelle Star, et autres télé-crochets sont là pour nous dire quoi écouter. Merci l’industrie musicale •

 

Brahma – Johnwait.net

b2a